Anne assistante sociale : accompagnement des familles vers l’accès aux droits

TL;DR : En 2023, 384 900 mineurs et jeunes majeurs bénéficiaient de mesures d’aide sociale à l’enfance (ASE), pour un coût total de 11,0 milliards d’euros. L’assistante sociale occupe un rôle central dans l’accès aux droits des familles vulnérables. Le Haut Conseil du Travail Social (HCTS) a identifié 6 leviers transversaux pour renforcer cet accompagnement, publiés en décembre 2025.

Quel est le rôle d’une assistante sociale dans l’accompagnement des familles ?

L’assistante sociale accompagne les familles pour leur permettre d’accéder à leurs droits sociaux, administratifs et financiers. Elle intervient à domicile ou en institution, dans une logique de prévention et de protection.

L’accompagnement recouvre 3 dimensions principales :

  • Les actions éducatives : soutien à la parentalité, guidance familiale, suivi individualisé.
  • L’accompagnement social et familial : médiation, coordination avec les partenaires institutionnels.
  • Les aides financières : accès aux allocations, montage de dossiers, ouverture de droits.

Au 31 décembre 2023, 175 800 mineurs bénéficiaient d’une action éducative de l’ASE. Ce chiffre représente 46 % de l’ensemble des bénéficiaires.

Le travail social repose sur des fondamentaux reconnus : universalité des droits, égalité de traitement, réduction des inégalités. Ces principes sont rappelés dans le Livre blanc du travail social, cité par le HCTS dans son rapport de décembre 2025.

Quels sont les 6 leviers identifiés par le HCTS pour améliorer l’accès aux droits ?

Le rapport du HCTS de décembre 2025 identifie 6 leviers transversaux pour faciliter l’accès aux droits des personnes accompagnées et restaurer le pouvoir d’agir des professionnels.

  • L’universalité dans l’accès aux droits : garantir l’accès sans distinction de situation.
  • L’aller vers : déplacer les professionnels vers les publics éloignés des services.
  • La pair aidance : mobiliser des personnes ayant vécu des situations similaires.
  • Le travail en coordination / partenariat / réseaux : articuler les acteurs du territoire.
  • Le développement d’actions collectives : regrouper les familles pour mutualiser l’accompagnement.
  • Le développement du pouvoir d’agir : renforcer l’autonomie des familles dans leurs démarches.

Ces leviers ont émergé d’expérimentations concrètes menées dans plusieurs territoires. Exemples identifiés par le HCTS :

  • Le projet DAVA (Détecter, Aller Vers et Accompagner) de la CAF des Yvelines.
  • Les permanences écrivains publics du conseil départemental de l’Ardèche.
  • Le primo-accueil délocalisé du conseil départemental du Morbihan.
  • Le Forum accès aux droits au centre pénitentiaire d’Aiton (SPIP de Chambéry).

Comment l’assistante sociale réduit-elle la charge administrative qui pèse sur les familles ?

La mission du HCTS visait à alléger la charge administrative pesant sur les travailleuses sociales, au profit du temps d’accompagnement direct des familles. Le constat initial est que l’accès aux droits est un parcours trop souvent chronophage et complexe.

Plusieurs outils pratiques ont été développés :

  • Les permanences d’accès aux droits dans les ESSMS (établissements et services sociaux et médico-sociaux), couvrant le droit du travail, de la famille, des victimes, des enfants, de la consommation, administratif et de succession.
  • L’ouverture de droits à vie pour les personnes dont le handicap est insusceptible d’évoluer favorablement, instaurée par les décrets du 24 et 27 décembre 2018.
  • L’accompagnement collectif des demandeurs d’asile via l’association Ardhis.

L’assistante sociale coordonne ces outils pour construire des parcours fluides. Elle évite les ruptures de droits grâce à une veille partenariale active.

Quelles familles sont prioritairement accompagnées par l’aide sociale à l’enfance ?

Les bénéficiaires prioritaires de l’ASE sont les enfants et jeunes majeurs en situation de danger ou de risque de danger, avec un profil démographique spécifique documenté par la DREES en juin 2025.

Profil démographique des bénéficiaires de l’ASE en 2023 (source DREES)
Critère Bénéficiaires action éducative Jeunes confiés à l’ASE Population générale (même âge)
Part de garçons 54 % 61 % 51 %
Part des 11-17 ans 51 % 50 % 36 %
Âge moyen un peu plus de 10 ans un peu plus de 12 ans

Les mesures relèvent majoritairement de décisions judiciaires : 71 % des mesures d’action éducative et 79 % des mesures d’accueil à l’ASE.

Certains jeunes cumulent 2 types de mesures simultanément : action éducative et accueil en dehors du milieu familial.

Comment évoluent les dépenses d’ASE consacrées aux familles ?

En 2023, les départements ont consacré 11,0 milliards d’euros à la protection de l’enfance. Ce montant est utilisé à 80 % pour des mesures d’accueil à l’ASE.

La trajectoire financière sur 25 ans révèle une croissance structurelle :

  • Entre 1998 et 2023, les dépenses totales d’ASE ont été multipliées par 2,6 en euros courants, soit une augmentation de 70 % en euros constants.
  • Les dépenses d’accueil ont été multipliées par 3,1 en euros courants sur la même période.
  • Entre 2022 et 2023, les dépenses d’accueil ont progressé de +12 % en euros courants, soit +6,6 % en euros constants.

Cette forte progression en 2023 s’explique par 2 facteurs cumulés : l’augmentation du nombre de bénéficiaires et la revalorisation salariale des assistantes familiales prévue par la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants.

Entre fin 1998 et fin 2023, le nombre de mesures d’ASE a lui aussi été multiplié de façon significative, témoignant d’une croissance régulière des besoins.

Quels sont les 2 modes d’intervention principaux de l’ASE auprès des familles ?

Les 2 principaux modes d’intervention de l’aide sociale à l’enfance sont l’aide à domicile et la prise en charge matérielle hors du milieu familial.

Comparaison des 2 modes d’intervention de l’ASE
Mode d’intervention Contenu Bénéficiaires fin 2023 Part décisions judiciaires
Aide à domicile Actions éducatives, accompagnement social et familial, aides financières 175 800 71 %
Accueil hors milieu familial Placement en famille d’accueil, établissement, assistant familial 221 000 79 %

Au total, 396 900 mesures étaient actives au 31 décembre 2023. Certains enfants bénéficient simultanément des 2 types de mesures.

Quel est le cadre légal du travail de l’assistante sociale dans l’accès aux droits ?

Le cadre légal repose sur 3 niveaux normatifs articulés entre loi, décret et circulaire.

  • La loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants : renforce les missions de l’ASE et revalorise la profession d’assistant familial.
  • Les décrets du 24 et 27 décembre 2018 : portent diverses mesures dans le champ du handicap et instituent l’ouverture de droits à vie pour les personnes dont le handicap est insusceptible d’évoluer.
  • Le décret du 1er avril 2025 relatif à la formation et au diplôme d’État d’assistant familial : réforme les modalités de formation et renforce les exigences professionnelles.

La formation professionnelle des assistants familiaux est désormais encadrée par le diplôme d’État d’assistant familial (DEAF). Ce diplôme garantit la qualité de l’accompagnement proposé aux familles et aux enfants accueillis.

L’action sociale dans la fonction publique est, elle, encadrée par le portail officiel de la fonction publique. Elle vise à améliorer les conditions de vie des agents publics et de leurs familles, dans les domaines de la restauration, du logement, de l’enfance et des loisirs.

Comment l’action sociale de la fonction publique soutient-elle les agents en difficulté familiale ?

L’action sociale interministérielle (ASI), pilotée par le ministère délégué chargé de la fonction publique, constitue le socle minimal de prestations garanti à tous les agents de l’État.

Elle recouvre 4 domaines principaux :

  • La restauration : accès à des tarifs sociaux.
  • Le logement : aides à l’accès et au maintien dans le logement.
  • L’enfance : prestations dédiées aux agents ayant des enfants à charge.
  • Les loisirs : accès à des activités culturelles et sportives à tarif réduit.

L’action sociale ministérielle complète ce socle. Elle est directement pilotée et financée par chaque ministère. Elle vise à accompagner les agents face aux situations difficiles : ruptures familiales, handicap d’un enfant, dépendance d’un proche.

Les assistantes sociales de la fonction publique (FPE, FPT, FPH) jouent un rôle clé dans l’orientation des agents vers ces dispositifs.

Pourquoi l’aller-vers est-il indispensable dans le travail de l’assistante sociale ?

L’aller-vers consiste à déplacer les professionnels vers les publics éloignés des services, pour éviter les non-recours aux droits. Ce levier est identifié comme prioritaire par le HCTS dans son rapport de décembre 2025.

Le non-recours aux droits constitue un enjeu majeur en France. Plusieurs expérimentations concrètes démontrent l’efficacité de cette approche :

  • Le primo-accueil délocalisé du Morbihan : installation d’antennes dans des zones mal desservies.
  • Le projet DAVA (CAF des Yvelines) : détection active des situations de non-recours sur le terrain.
  • L’initiative À la rencontre des partenaires du conseil départemental de la Gironde : déplacements des travailleurs sociaux auprès des associations locales.
  • Le programme Un chez-soi d’abord (Dihal) : accompagnement des personnes sans abri vers leurs droits et le logement.

Ces démarches réduisent les inégalités territoriales d’accès aux droits. Elles renforcent la confiance entre les familles et les institutions.

Comment la pair aidance renforce-t-elle l’accompagnement des familles ?

La pair aidance mobilise des personnes ayant vécu des situations similaires à celles des familles accompagnées. Elle constitue l’un des 6 leviers retenus par le HCTS en décembre 2025.

Son efficacité repose sur 3 mécanismes :

  • La réduction de la distance entre le professionnel et la personne accompagnée.
  • Le renforcement de la confiance grâce à une expérience partagée.
  • La démonstration concrète que l’accès aux droits est possible.

Le projet Prospairs, porté par le CREAI Bretagne, illustre cette approche en protection de l’enfance. Il mobilise des personnes anciennement placées à l’ASE comme relais auprès des familles actuellement accompagnées.

Quelles sont les étapes d’un accompagnement type vers l’accès aux droits ?

Un accompagnement structuré vers l’accès aux droits suit 5 étapes chronologiques, de l’identification de la situation à la clôture du dossier.

  1. Détection et signalement : repérage des situations de danger ou de non-recours, via les partenaires du territoire ou l’aller-vers.
  2. Évaluation sociale : analyse des besoins, de la composition familiale et des ressources disponibles.
  3. Orientation vers les dispositifs adaptés : ASE, CAF, MDPH, action sociale de la fonction publique, associations.
  4. Montage et dépôt des dossiers : constitution des pièces justificatives, rédaction des demandes, accompagnement administratif.
  5. Suivi et ajustement : vérification de l’effectivité des droits ouverts, réévaluation régulière de la situation.

Ce processus s’appuie sur un réseau partenarial dense : conseils départementaux, CAF, MDPH, SPIP, ESSMS, associations et services de l’État.

Sources officielles

Article mis à jour le 4 mai 2026.