Handicap dans l’emploi public : l’engagement des universités en 2025

TL;DR : En 2025, la fonction publique française atteint un taux d’emploi direct de 6,36 % de personnes en situation de handicap, dépassant pour la première fois le seuil légal de 6 %. Les universités jouent un rôle moteur dans cette dynamique, avec des conventions FIPHFP renouvelées et des plans stratégiques pluriannuels. L’université de Tours vise par exemple 6,1 % de taux d’emploi en 2027, après avoir compté 146 bénéficiaires de l’obligation d’emploi en 2023.

Quel est le cadre légal du handicap dans l’emploi public ?

La politique handicap dans la fonction publique repose sur la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées. Cette loi impose aux employeurs publics un taux minimal d’emploi de 6 % de bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE).

Les bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE) sont définis par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH). Ils regroupent plusieurs catégories, notamment les travailleurs reconnus handicapés, les victimes d’accidents du travail et les titulaires de pensions d’invalidité. Vingt ans après son adoption, cette loi continue de structurer les politiques RH de tous les établissements publics, y compris les universités et organismes de recherche relevant de la fonction publique d’État.

Le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la Fonction publique (FIPHFP), créé en 2006, finance les actions des employeurs publics en matière de recrutement, de maintien dans l’emploi et de sensibilisation. La direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) pilote cette politique au niveau national.

Quels sont les taux d’emploi des personnes handicapées dans la fonction publique en 2025 ?

En 2025, le taux d’emploi direct de la fonction publique s’établit à 6,36 %, franchissant pour la première fois le seuil légal de 6 % fixé par la loi du 11 février 2005. Cette progression marque une étape historique après plus de 20 ans de mobilisation collective.

Les trois versants de la fonction publique affichent des niveaux différents. Voici le détail par versant :

Versant Taux d’emploi direct 2025 Seuil légal atteint ?
Fonction publique territoriale (FPT) 7,68 % Oui
Fonction publique hospitalière (FPH) 6,26 % Oui
Fonction publique d’État (FPE) 5,28 % Non

La fonction publique d’État, à laquelle appartiennent les universités, reste le versant le plus en retard avec 5,28 %. Ce chiffre explique pourquoi les établissements d’enseignement supérieur intensifient leurs actions via des conventions FIPHFP. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a rappelé le 14 avril 2026 que « les employeurs publics se doivent d’être exemplaires » en matière d’inclusion.

Pourquoi les universités s’engagent-elles spécifiquement avec le FIPHFP ?

Les universités concluent des conventions avec le FIPHFP pour financer des actions structurées de recrutement, de maintien dans l’emploi et d’accessibilité, inaccessibles sur leur seul budget propre. Ces partenariats offrent un levier financier et méthodologique déterminant.

Le 11 septembre 2025, l’université de Tours a renouvelé sa convention de partenariat avec le FIPHFP pour les trois prochaines années (2025-2027). Ce renouvellement s’accompagne de la publication d’un projet stratégique dédié, articulé autour de 7 axes stratégiques couvrant l’intégralité du parcours professionnel des agents en situation de handicap.

En 2023, l’université de Tours comptait 146 BOE, soit un taux d’emploi de 5,72 %. Ce chiffre représente une progression notable par rapport aux 112 BOE recensés au 31 décembre 2021. L’objectif fixé pour 2027 est d’atteindre 6,1 %, grâce notamment au recrutement de 22 nouveaux agents en situation de handicap, dont 4 apprentis, et à la titularisation de 6 personnels BOE.

Quels sont les 7 axes stratégiques du projet handicap universitaire 2025-2027 ?

Le projet handicap 2025-2027 de l’université de Tours structure l’engagement sur 7 axes couvrant le recrutement, le maintien dans l’emploi, la formation et l’innovation managériale.

  1. Recrutement inclusif et apprentissage — En 2024, 10 offres d’apprentissage ont été diffusées auprès de partenaires territoriaux comme Cap Emploi 37.
  2. Accompagnement renforcé en reconversion — Un conseiller mobilité carrière accompagne 7 agents en reconversion ou reclassement.
  3. Maintien dans l’emploi structuré — Une équipe pluridisciplinaire (médecin du travail, psychologue, assistante sociale, DRH) suit environ 90 agents par an, avec une moyenne de 40 financements FIPHFP annuels.
  4. Formation ciblée et continue — Plus de 20 000 € sont investis sur la période pour des formations sur l’accessibilité numérique, l’accueil inclusif et les logiciels compensatoires.
  5. Sensibilisation de la communauté universitaire — Participation active à la Semaine Européenne de l’Emploi des Personnes Handicapées (SEEPH) et événements tout au long de l’année.
  6. Accessibilité numérique structurée — Investissement de près de 30 000 € pour auditer et améliorer les outils numériques, avec adoption d’une charte d’accessibilité numérique et bâtimentaire en 2024.
  7. Innovation et recherche appliquée — Création d’une Chaire « Inclusion au Travail et Management » incluant une thèse, des événements et des publications scientifiques.

Comment se déroule la chronologie de l’engagement des universités depuis 2005 ?

L’engagement des universités en faveur du handicap professionnel s’est renforcé progressivement depuis la loi du 11 février 2005. Voici les jalons majeurs de cette évolution :

Année Étape clé
2005 Loi pour l’égalité des droits et des chances — obligation d’emploi à 6 % pour les employeurs publics
2006 Création du FIPHFP pour financer les actions des employeurs publics
2021 Université de Tours : 112 BOE au 31 décembre
2023 Université de Tours : 146 BOE, taux d’emploi de 5,72 %
11 sept. 2025 Renouvellement de la convention université de Tours – FIPHFP pour 2025-2027
14 avril 2026 Annonce officielle : la fonction publique dépasse 6,36 % de taux d’emploi direct
2027 Objectif université de Tours : atteindre 6,1 % de taux d’emploi

Quels dispositifs de recrutement spécifiques existent pour les agents handicapés dans les universités ?

Les universités mobilisent 3 voies de recrutement spécifiques pour renforcer l’emploi des personnels en situation de handicap : la voie contractuelle dérogatoire, l’apprentissage inclusif et le recrutement via Cap Emploi.

  • Voie contractuelle dérogatoire (article L352-4 du CGFP) — permet de recruter directement en CDI ou CDD sans concours, sous réserve d’une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) délivrée par la CDAPH.
  • Apprentissage inclusif — l’université de Tours a diffusé 10 offres d’apprentissage en 2024 auprès de Cap Emploi 37, facilitant l’entrée dans la fonction publique d’État.
  • Partenariats Cap Emploi — ces opérateurs spécialisés orientent les candidats BOE vers les postes vacants dans les établissements d’enseignement supérieur.
  • Titularisation — après une période probatoire, les agents recrutés par voie dérogatoire peuvent être titularisés. L’université de Tours prévoit la titularisation de 6 agents BOE sur 2025-2027.

Comment les universités assurent-elles le maintien dans l’emploi des agents handicapés ?

Le maintien dans l’emploi mobilise une équipe pluridisciplinaire permanente et des financements FIPHFP récurrents. L’université de Tours accompagne environ 90 agents par an grâce à ce dispositif.

L’équipe pluridisciplinaire intègre plusieurs profils complémentaires : médecin du travail, psychologue du travail, assistante sociale, DRH et conseiller mobilité carrière. Ce dernier accompagne les agents en reconversion ou reclassement, avec 7 agents bénéficiant d’un suivi renforcé. Les financements FIPHFP couvrent en moyenne 40 actions annuelles, incluant l’aménagement de poste, l’acquisition de logiciels compensatoires et la formation des encadrants.

La reconversion professionnelle constitue un enjeu majeur. Un agent dont l’état de santé évolue peut bénéficier d’un reclassement dans un autre corps ou grade, selon les dispositions du Code général de la fonction publique (CGFP). L’accompagnement du conseiller mobilité carrière sécurise ce parcours de transition.

Quelle place occupe l’accessibilité numérique dans la politique handicap universitaire ?

L’accessibilité numérique constitue un axe stratégique autonome dans les projets handicap universitaires, avec un investissement de près de 30 000 € à l’université de Tours sur la période 2025-2027.

En 2024, l’université de Tours a adopté une charte d’accessibilité numérique et bâtimentaire. Un schéma directeur dédié à l’accessibilité numérique est en cours d’élaboration. Les actions concrètes comprennent :

  • L’audit des outils numériques existants (environnements de travail, plateformes pédagogiques, intranet).
  • L’amélioration et la validation de l’accessibilité selon les référentiels RGAA (Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations).
  • La formation de l’ensemble des personnels aux bonnes pratiques d’accessibilité numérique.
  • L’adhésion au réseau Atypie-Friendly pour intégrer les besoins des personnes neuroatypiques.

Cette démarche répond aux obligations de la loi du 11 février 2005 renforcées par la directive européenne sur l’accessibilité des sites publics transposée en droit français en 2019.

Comment les universités sensibilisent-elles leurs personnels au handicap ?

La sensibilisation de la communauté universitaire repose sur des événements récurrents et des dispositifs de formation continue. La Semaine Européenne de l’Emploi des Personnes Handicapées (SEEPH) constitue le temps fort annuel de cette mobilisation collective.

Au-delà de la SEEPH, les universités déploient des actions tout au long de l’année, notamment des formations spécifiques pour les encadrants, des ateliers sur les logiciels compensatoires et des journées de sensibilisation ouvertes à tous les personnels. Plus de 20 000 € sont consacrés à la formation sur la période 2025-2027 à l’université de Tours.

L’innovation pédagogique et scientifique marque également la nouvelle génération d’engagements. La création d’une Chaire « Inclusion au Travail et Management » à l’université de Tours intègre une thèse de doctorat, des publications scientifiques et des événements ouverts aux professionnels RH. Cette chaire vise à faire progresser les pratiques managériales inclusives dans l’ensemble de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR).

Quelles sont les questions fréquentes des agents sur le handicap dans l’emploi public ?

Les agents en situation de handicap posent principalement 4 questions récurrentes relatives à la reconnaissance, aux aménagements, au recrutement et à la carrière dans la fonction publique.

  • Qui peut bénéficier du statut BOE ? — Tout agent titulaire d’une reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH) délivrée par la CDAPH, ou d’une pension d’invalidité, ou victime d’un accident du travail entraînant une incapacité permanente d’au moins 10 %.
  • Comment obtenir des aménagements de poste ? — En saisissant la médecine du travail de l’établissement. Le médecin préconise les aménagements financés, selon les cas, par le FIPHFP.
  • Le recrutement sans concours est-il possible ? — Oui, par voie contractuelle dérogatoire (article L352-4 du CGFP). L’agent est ensuite titularisé après période probatoire réussie.
  • Les agents handicapés bénéficient-ils d’avantages spécifiques ? — Oui : aménagement des épreuves de concours, priorité lors des mutations en cas d’aggravation du handicap, temps partiel de droit sous conditions, et accès prioritaire à certaines formations.

Quels défis reste-t-il à relever pour les universités françaises en matière de handicap ?

Malgré des progrès significatifs, la fonction publique d’État — dont font partie les universités — reste en dessous du seuil légal avec 5,28 % en 2025, soit 0,72 point sous l’obligation légale de 6 %.

Plusieurs défis persistent dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), 20 ans après la loi de 2005 :

  • Déclaration insuffisante — de nombreux agents ne font pas valoir leur statut BOE par crainte de stigmatisation, sous-déclarant mécaniquement les taux réels.
  • Hétérogénéité entre établissements — les ressources des universités varient considérablement, rendant la qualité des dispositifs très inégale selon les territoires.
  • Maintien dans l’emploi face aux maladies évolutives — les pathologies chroniques et les situations de neuroatypie nécessitent des ajustements continus des conditions de travail.
  • Accessibilité des concours — l’aménagement des épreuves reste parfois insuffisamment appliqué, freinant l’accès à la titularisation par voie de concours.

Le projet stratégique 2025-2027 de l’université de Tours illustre la voie à suivre : une approche intégrée combinant recrutement, maintien dans l’emploi, accessibilité numérique, sensibilisation et recherche appliquée. Cet modèle a vocation à inspirer l’ensemble des établissements de la fonction publique d’État.

Sources officielles

Article mis à jour le 4 mai 2026.