TL;DR : En France, 26 critères de discrimination sont protégés par la loi, dont l’âge, la situation familiale et l’état de santé. L’article L1221-6 du Code du travail limite les questions d’entretien aux seules informations liées au poste. Selon le Défenseur des droits (décembre 2021), 54 % des jeunes ont subi des propos déplacés lors d’un entretien d’embauche. Connaître ces 5 questions interdites et 5 stratégies de réponse permet de protéger ses droits sans fragiliser sa candidature.
Qu’est-ce qu’une question interdite en entretien d’embauche ?
Une question interdite est toute interrogation portant sur des informations personnelles sans lien direct avec la capacité du candidat à occuper le poste proposé, en violation de l’article L1221-6 du Code du travail.
L’article L1221-6 précise que les questions posées en entretien doivent se limiter aux seules questions ayant un trait direct avec l’emploi. Leur unique but doit être d’apprécier les qualités professionnelles du candidat et son adéquation au poste.
Les sujets interdits incluent notamment :
- L’âge et la date de naissance
- La situation familiale (mariage, enfants, projets parentaux)
- L’état de santé et les antécédents médicaux
- L’origine ethnique ou nationale
- Les convictions religieuses ou politiques
- L’orientation sexuelle
- L’appartenance syndicale
Pour les agents publics des fonctions publique territoriale (FPT), hospitalière (FPH) et d’État (FPE), ces protections s’appliquent dès le stade du concours ou de l’entretien de recrutement sur poste.
Quel est le cadre légal protégeant les candidats en France ?
L’article L1132-1 du Code du travail interdit toute discrimination fondée sur 26 critères protégés. Aucun candidat ne peut être écarté d’un processus de recrutement en raison de caractéristiques personnelles étrangères à ses compétences.
Ces 26 critères de discrimination interdits comprennent entre autres : l’âge, le sexe, l’apparence physique, le lieu de résidence, la situation de famille, les convictions religieuses, l’origine, le handicap et la corpulence.
Un recruteur qui pose une question interdite, même sans intention malveillante, s’expose à :
- Des poursuites judiciaires au civil et au pénal
- Des sanctions financières significatives
- Des dommages à la réputation et à l’image employeur
Le Défenseur des droits publie chaque année un baromètre sur les discriminations dans l’emploi. Son enquête de décembre 2021 révèle que 16 % des jeunes ont subi des remarques sur leur âge, 10 % sur leur apparence physique et 7 % sur leur statut parental lors d’un entretien.
| Critère protégé | Exemple de question interdite | Texte de référence |
|---|---|---|
| Âge | « Quel est votre âge ? » | Art. L1132-1 Code du travail |
| Situation familiale | « Avez-vous des enfants ? » | Art. L1132-1 Code du travail |
| État de santé | « Avez-vous un handicap ? » | Art. L1132-1 Code du travail |
| Origine | « D’où vient votre accent ? » | Art. L1132-1 Code du travail |
| Religion | « Quelle est votre religion ? » | Art. L1132-1 Code du travail |
Comment répondre à la question sur l’âge avec diplomatie ?
Réorienter la réponse vers l’expérience professionnelle constitue la stratégie la plus efficace face à la question sur l’âge. Cette question reste interdite même lorsqu’elle semble posée avec bienveillance.
La question « Quel est votre âge ? » ou « Êtes-vous trop jeune pour ce poste ? » franchit la ligne rouge fixée par l’article L1132-1. Elle ouvre la voie à une discrimination fondée sur un critère sans lien avec les compétences requises.
3 réponses diplomatiques possibles :
- « Je préfère me concentrer sur mon expérience de [X années] dans ce domaine, qui me semble plus pertinente pour ce poste. »
- « Pourriez-vous me préciser ce qui motive cette question ? Cela m’aiderait à mieux y répondre. »
- Questionner le recruteur en retour pour évaluer ses intentions et comprendre le contexte réel du besoin.
Pour un agent public candidat à une mutation ou à un avancement de grade, cette approche permet de maintenir une posture professionnelle tout en signalant la limite légale sans agressivité.
Comment répondre à la question sur les enfants et la vie de famille ?
« Ce n’est pas le sujet de l’entretien » constitue la réponse directe, factuelle et légalement fondée face à toute question portant sur la situation familiale ou les projets parentaux.
L’article L1132-1 du Code du travail interdit explicitement d’écarter un candidat en raison de sa situation de famille. Les questions du type « Avez-vous des enfants ? », « Prévoyez-vous d’en avoir ? » ou « Êtes-vous marié(e) ? » sont toutes prohibées.
Ces questions surgissent parfois parce que le poste implique des déplacements fréquents ou des horaires atypiques. Dans ce cas, 2 stratégies permettent de rebondir avec diplomatie :
- Demander au recruteur les raisons de sa question pour distinguer une intention discriminatoire d’un besoin organisationnel légitime
- Rebondir en posant une question sur la politique de parentalité ou d’inclusion de la structure recruteuse
Dans la fonction publique, cette démarche présente un intérêt supplémentaire : elle permet d’identifier les engagements de l’employeur public en matière d’égalité professionnelle, un axe renforcé par la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019.
Comment répondre à la question sur l’état de santé ou le handicap ?
L’état de santé relève de la sphère privée du candidat. Seul le médecin du travail est habilité à déclarer un agent « apte » ou « inapte » à l’exercice de ses fonctions, après une visite médicale réglementaire.
Les questions telles que « Êtes-vous en bonne santé ? », « Avez-vous déjà été en arrêt maladie ? » ou « Avez-vous un handicap ? » sont formellement interdites. Elles portent sur un critère protégé par l’article L1132-1.
Dans le cadre d’un recrutement en intérim ou dans la fonction publique hospitalière (FPH), le médecin du travail réalise une visite d’information et de prévention. Il ne peut pas transmettre le dossier médical du candidat au recruteur. La seule information communiquée est l’avis d’aptitude ou d’inaptitude.
Réponses possibles :
- « Cette question relève du médecin du travail, qui vous communiquera son avis d’aptitude après la visite réglementaire. »
- « Je suis en mesure d’exercer les fonctions décrites dans la fiche de poste. »
- Rappeler poliment que l’état de santé n’entre pas dans le champ de l’évaluation professionnelle.
Comment répondre à la question sur l’origine ou l’accent ?
La question sur l’accent ou l’origine est formellement interdite car elle ne permet pas d’évaluer les qualités professionnelles du candidat pour le poste visé, quelle que soit l’intention apparente du recruteur.
Formulée comme une curiosité sympathique, cette question peut masquer une discrimination fondée sur l’origine, un critère protégé par l’article L1132-1. Selon le baromètre du Défenseur des droits de décembre 2021, 6 % des candidats ont subi des remarques sur leurs origines lors d’un entretien.
Face à cette question, 2 approches permettent de répondre sans tension :
- Ignorer la dimension personnelle et répondre exclusivement sur les compétences linguistiques ou interculturelles utiles au poste
- Formuler une réponse bienveillante mais ferme : « Je préfère que nous nous concentrions sur mes compétences pour ce poste. »
Comment répondre à la question sur les prétentions salariales dans la fonction publique ?
Dans la fonction publique, la rémunération est déterminée par des grilles indiciaires réglementées, ce qui diffère fondamentalement du secteur privé. La question salariale n’est donc pas interdite mais se traite différemment.
La rémunération d’un agent public dépend de son grade, de son échelon et des primes applicables. Ces éléments sont fixés par voie réglementaire et non par négociation individuelle, sauf pour certains contractuels.
Stratégie recommandée en 3 étapes :
- Se renseigner sur la grille indiciaire du cadre d’emploi ou du corps concerné avant l’entretien
- Mentionner son positionnement indiciaire actuel si l’on est déjà fonctionnaire
- Pour les contractuels, indiquer une fourchette cohérente avec les grilles de référence publiées par la DGAFP
La DGAFP (Direction générale de l’administration et de la fonction publique) publie chaque année des données sur les rémunérations moyennes dans les 3 versants. En 2022, le salaire net moyen dans la fonction publique s’établissait à 2 630 € mensuels tous versants confondus.
Comment répondre à la question sur les autres entretiens en cours ?
Reconnaître que l’on passe d’autres entretiens est une pratique normale et légitime. Le recruteur cherche à évaluer la cohérence du projet professionnel et l’état d’avancement de la recherche, pas à piéger le candidat.
France Travail identifie 2 situations distinctes qui appellent chacune une réponse adaptée :
- Situation 1 — Plusieurs entretiens en cours : citer les types de postes visés (sans nommer les employeurs), souligner leur cohérence avec le poste du jour, et affirmer que c’est ce recruteur et ce poste qui motivent le plus
- Situation 2 — Seul entretien à ce stade : expliquer la démarche sélective, valoriser l’intérêt spécifique pour l’offre, et présenter ses compétences comme réponse au besoin identifié
3 erreurs à éviter absolument :
- Donner des détails précis sur les autres employeurs (noms, dates, localisations)
- Mentir sur l’avancement de sa recherche
- Montrer de l’agacement face aux relances du recruteur sur ce sujet
Dans la fonction publique, un candidat peut postuler simultanément à plusieurs postes ouverts à la mutation ou à plusieurs concours. Il est légitime de le mentionner en valorisant la cohérence de son projet de carrière.
Quelles sont les 5 questions interdites les plus fréquentes et leurs réponses diplomatiques ?
5 questions reviennent de façon récurrente en entretien malgré leur interdiction légale. Chacune nécessite une stratégie de réponse spécifique pour ne pas fragiliser la candidature tout en préservant ses droits.
| Question interdite | Critère discriminatoire | Réponse diplomatique recommandée | À éviter |
|---|---|---|---|
| « Quel est votre âge ? » | Âge (art. L1132-1) | Recentrer sur les années d’expérience et les compétences acquises | Donner son âge directement |
| « Avez-vous des enfants ? » | Situation de famille (art. L1132-1) | « Ce n’est pas le sujet de l’entretien » + questionner la politique parentalité | Répondre et justifier ses contraintes familiales |
| « Avez-vous des problèmes de santé ? » | État de santé (art. L1132-1) | Rappeler le rôle exclusif du médecin du travail pour l’aptitude | Détailler son historique médical |
| « D’où vient votre accent ? » | Origine (art. L1132-1) | Recentrer sur les compétences linguistiques utiles au poste | Expliquer ses origines en détail |
| « Quelle est votre religion ? » | Convictions religieuses (art. L1132-1) | « Ma pratique religieuse n’interfère pas avec mes obligations professionnelles » | Décrire ses pratiques ou ses croyances |
Que faire si un recruteur insiste malgré une réponse diplomatique ?
Face à une insistance du recruteur sur une question interdite, le candidat dispose de 3 niveaux de réponse progressifs : rappel courtois de la limite légale, refus ferme de répondre, et signalement a posteriori auprès du Défenseur des droits.
Le candidat n’est jamais légalement tenu de répondre à une question portant sur un critère protégé. Cette position est fondée sur l’article L1221-6 du Code du travail, qui limite le contenu des questions aux seules informations liées au poste.
Niveau 1 — Rappel courtois : « Je comprends votre curiosité, mais cette question ne me semble pas directement liée à mes compétences pour le poste. »
Niveau 2 — Refus ferme : « Je préfère ne pas répondre à cette question, car elle porte sur un critère personnel non lié au poste. »
Niveau 3 — Signalement : En cas de discrimination avérée, saisir le Défenseur des droits via le formulaire en ligne ou contacter l’inspection du travail (pour le secteur privé) ou la DGAFP (pour la fonction publique).
Pour les agents publics, le Conseil supérieur de la fonction publique et les centres de gestion (CDG) proposent des ressources sur les droits des candidats. Certains CDG, comme le CDG 14, publient des guides de préparation aux entretiens incluant la liste des questions prohibées.
Comment se préparer à ces questions avant un entretien dans la fonction publique ?
Préparer 5 formulations de réponse à l’avance, une par question sensible identifiée, réduit le risque de réponse maladroite sous la pression de l’entretien. Cette préparation doit intégrer le contexte spécifique du recrutement public.
Un entretien de recrutement dans la fonction publique (mutation, détachement, concours, contractuel) obéit à des règles similaires mais dans un cadre statutaire propre. Les jurys sont soumis aux mêmes obligations de non-discrimination que les recruteurs privés.
4 étapes de préparation efficaces :
- Lister les questions sensibles susceptibles d’être posées en fonction du poste et du profil
- Rédiger 1 réponse diplomatique par question, en s’appuyant sur des éléments professionnels factuels
- S’entraîner à l’oral pour que les réponses paraissent naturelles et non mémorisées
- Mémoriser les articles L1132-1 et L1221-6 du Code du travail pour pouvoir y faire référence sans agressivité si nécessaire
France Travail recommande de rester « cohérent, désirable, avancé et diplomate » face aux questions sensibles. Ces 4 qualificatifs résument la posture à adopter : ni naïf, ni agressif, ni dans l’évitement systématique.
Sources officielles
- Article L1221-6 du Code du travail — Légifrance
- Article L1132-1 du Code du travail (26 critères de discrimination) — Légifrance
- Discrimination à l’embauche : définition et recours — Service-Public.fr
- 14e baromètre sur les discriminations dans l’emploi — Défenseur des droits, décembre 2021
- Accéder à la fonction publique : droits des candidats — DGAFP
Article mis à jour le 4 mai 2026.