La FHP (Fédération de l’Hospitalisation Privée) alerte régulièrement sur les pénuries de personnel et de matériel médical dans les établissements de santé français. Représentant 1 030 cliniques privées et 150 000 salariés, la FHP a publié plusieurs rapports depuis 2020 dénonçant les tensions structurelles du système. Cet article fait le point sur les pénuries et les actions politiques engagées.
Quel est le rôle de la FHP ?
La FHP est l’organisation professionnelle représentative des établissements de santé privés à but lucratif. Elle dialogue avec les pouvoirs publics, l’Assurance maladie, et les autres fédérations hospitalières.
Périmètre de la FHP
| Indicateur | Valeur 2024 |
|---|---|
| Établissements adhérents | 1 030 |
| Lits MCO (Médecine, Chirurgie, Obstétrique) | ≈ 100 000 |
| Salariés directs | ≈ 150 000 |
| Médecins libéraux exerçant en clinique privée | ≈ 50 000 |
| Patients hospitalisés / an | ≈ 8 millions |
| Naissances / an en clinique privée | ≈ 200 000 (≈ 30 % naissances France) |
La FHP cohabite avec la FHF (publique), la FEHAP (privé non lucratif), et Unicancer (CLCC). Le secteur privé représente environ 24 % des lits MCO en France.
Quelles pénuries de personnel ?
Selon les rapports successifs de la FHP, de la FHF et de la FEHAP, les pénuries de personnel sont structurelles depuis 2020 :
- Infirmiers : 30 000 à 60 000 postes vacants en France (FHF, 2024).
- Aides-soignants : 20 000 à 30 000 postes vacants.
- Médecins anesthésistes-réanimateurs : 1 200 postes vacants (CNOM).
- Pédiatres hospitaliers : 800 postes vacants.
- Gynécologues-obstétriciens : 600 postes vacants, fermeture de maternités.
- Manipulateurs en électroradiologie médicale : 5 000 postes vacants.
Les fermetures temporaires ou définitives de services d’urgences ont concerné 121 services en 2023 selon la FHF, dont 30 ont rouvert depuis.
Quelles causes structurelles ?
| Cause | Effet |
|---|---|
| Démographie médicale en baisse | Numerus clausus restrictif jusqu’en 2020 |
| Vieillissement de la population | Hausse du recours aux soins |
| Conditions de travail dégradées | Burnout, démissions |
| Salaires en retard | Concurrence d’autres secteurs |
| Heures supplémentaires fréquentes | Fatigue, accidents |
| Recours intérim coûteux | Augmentation budgétaire 2 milliards € en 2022 |
La loi du 26 avril 2023 dite « loi Rist 2 » a plafonné le tarif horaire des intérimaires médicaux pour limiter l’inflation salariale dans le secteur. Le seuil est de 1 290 € brut par garde de 24 h.
Quelles pénuries de matériel et médicaments ?
L’ANSM signale chaque année plus de 4 900 ruptures de stock ou tensions d’approvisionnement de médicaments en 2023 (record historique).
| Type de matériel/médicament | Cause | Mesure |
|---|---|---|
| Antibiotiques (amoxicilline, paracétamol) | Concentration production Asie | Plan blanc national 2022-2023 |
| Anesthésiques (curares) | Demande Covid réa | Stocks stratégiques |
| Anti-cancéreux (méthotrexate, fludarabine) | Approvisionnement | Coordination inter-pays |
| Insuline | Production internationale | Diversification fournisseurs |
| Dispositifs médicaux implantables | Règlement MDR 2017/745 | Adaptation industrielle |
L’arrêté du 26 juillet 2016 et la loi n° 2022-217 du 21 février 2022 dite « loi 3DS » ont renforcé les obligations des laboratoires en matière de stocks de sécurité.
Quelles mesures gouvernementales ?
5 mesures phares ont été déployées pour répondre aux pénuries :
- Suppression du numerus clausus (loi du 24 juillet 2019, application 2020) : passage au numerus apertus régional.
- Plan Innovation Santé 2030 : 7 milliards € sur 5 ans pour la souveraineté sanitaire.
- Loi Rist 1 (avril 2023) : régulation intérim et délégation d’actes.
- 4e année médecine générale en zone sous-dotée à partir de novembre 2026.
- CESP renforcé et nouveaux dispositifs CAIM/CSTM (cf article CESP).
La capacité d’accueil en 2e année des études de médecine est passée de 8 200 places en 2020 à 11 000 en 2024 selon le ministère de l’Enseignement supérieur.
Quelles évolutions législatives en 2024-2025 ?
| Texte | Date | Apport |
|---|---|---|
| Loi Rist 2 | 26 avril 2023 | Accès direct aux IPA, masseurs-kiné |
| Loi Valletoux | 27 décembre 2023 | Permanence des soins, CPTS |
| Loi sur l’engagement territorial | 2024 | Plan d’attractivité hospitalière |
| Pacte de la vie autonome | 2024 | Métiers grand âge |
| Plan blanc national | Renouvelé 2024 | Crise hivernale, ferme à virus |
La loi n° 2023-1268 du 27 décembre 2023 dite « loi Valletoux » a renforcé l’obligation de participation à la permanence des soins ambulatoires (PDSA) pour tous les médecins libéraux.
Quelles innovations pour combler les pénuries ?
- Téléconsultation : 2 millions d’actes mensuels en 2024 selon l’Assurance maladie.
- Téléexpertise : avis spécialiste à distance, remboursé depuis 2018.
- IPA (Infirmier en Pratique Avancée) : décret n° 2018-629 du 18 juillet 2018, prescription en première ligne.
- Délégation d’actes à des paramédicaux.
- Recours aux PADHUE (Praticiens à Diplôme Hors Union Européenne).
- Robotisation chirurgicale : Da Vinci, ROSA, Hugo.
L’IPA exerce dans 5 mentions : pathologies chroniques stabilisées, oncologie, néphrologie/dialyse/transplantation, psychiatrie/santé mentale, urgences. La France compte environ 2 000 IPA en 2024.
Quel rôle des collectivités ?
| Collectivité | Action |
|---|---|
| Conseil régional | Formations sanitaires, instituts |
| Conseil départemental | EHPAD, PMI, ASE |
| EPCI | Maisons de santé pluriprofessionnelles |
| Communes | Centres de santé municipaux, contrat local de santé |
| ARS | Pilotage régional, conventionnement |
1 800 maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) sont labellisées en France selon la DGOS, ainsi que 600 centres de santé municipaux.
Sources officielles
- Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP)
- Fédération Hospitalière de France (FHF)
- ANSM — Agence nationale de sécurité du médicament
- Ministère de la Santé
- Loi n° 2023-1268 du 27 décembre 2023 (loi Valletoux).
Article mis à jour le 4 mai 2026.