Faut-il mentionner son handicap sur un CV pour la fonction publique ?

Mentionner son handicap sur son CV pour candidater dans la fonction publique relève d’un choix personnel encadré par la loi. L’article L131-8 du Code général de la fonction publique interdit toute discrimination, et la loi du 11 février 2005 a instauré l’Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés (OETH) à hauteur de 6 %. L’honnêteté reste recommandée pour bénéficier des dispositifs spécifiques (BOETH, recrutement contractuel, aménagement de poste).

La mention du handicap sur un CV n’est jamais obligatoire. L’article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 (statut général des fonctionnaires) garantit l’égalité de traitement entre candidats. Toutefois, déclarer sa Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) ouvre l’accès à des dispositifs réservés : recrutement par voie contractuelle (article L352-4 CGFP), aménagements d’épreuves de concours, temps majoré, équipement adapté.

L’Agefiph et le FIPHFP (Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) recommandent la transparence dès la candidature dans le secteur public, qui dispose d’un cadre juridique protecteur et d’une obligation d’emploi de 6 % de Bénéficiaires de l’Obligation d’Emploi (BOE).

Quels sont les avantages à déclarer son handicap dans une candidature publique ?

La déclaration de la RQTH permet 5 avantages concrets dans la fonction publique :

  • Recrutement sans concours via le contrat dit « BOE » (article L352-4 CGFP) avec titularisation à l’issue d’un contrat d’un an renouvelable.
  • Aménagement des épreuves de concours : tiers-temps, salle isolée, ordinateur adapté, pause supplémentaire (article 27 décret n° 2020-523).
  • Limites d’âge supprimées pour l’accès aux concours externes selon l’article 27 de la loi du 26 janvier 1984.
  • Aménagement du poste financé par le FIPHFP (logiciel d’agrandissement, fauteuil ergonomique, télétravail).
  • Priorité de mutation ou de détachement pour rapprochement médical (article L512-19 CGFP).

Comment mentionner son handicap sur un CV ?

Trois formulations équivalentes existent selon le degré de précision souhaité par le candidat. La plus courante est la mention « Bénéficiaire de l’obligation d’emploi (BOE) » ou « RQTH ». Cette mention figure habituellement dans la rubrique « État civil » ou « Informations personnelles », en bas de la première section.

Quelles formulations utiliser pour évoquer son handicap ?

Formulation Niveau de précision Recommandation
« RQTH » ou « Bénéficiaire RQTH » Statut administratif Standard, neutre
« Bénéficiaire de l’obligation d’emploi (BOE) » Référence légale Recommandée pour le secteur public
« Travailleur handicapé reconnu MDPH » Origine de la reconnaissance Acceptée
« Compatible télétravail / aménagement de poste » Implication opérationnelle À privilégier en lettre de motivation
Description médicale précise Diagnostic Déconseillée (relève du secret médical)

Le recruteur public n’a pas le droit de demander la nature précise du handicap (article L114-4 CASF). Seul le médecin de prévention peut connaître les éléments médicaux pour évaluer l’aptitude au poste et proposer un aménagement.

Où placer la mention dans le CV ?

La position recommandée est l’en-tête du CV, immédiatement après le nom et les coordonnées. Cette visibilité signale clairement la situation au recruteur et oriente la candidature vers les dispositifs adaptés. Une mention discrète en pied de CV reste possible mais peut faire passer l’information inaperçue lors d’un tri rapide.

En lettre de motivation, la mention apparaît habituellement dans le dernier paragraphe avant la formule de politesse, en précisant les besoins éventuels d’aménagement (poste accessible PMR, télétravail partiel, etc.).

Quels sont les risques d’un non-dit sur le handicap ?

Dissimuler un handicap n’est pas un délit, mais peut compliquer l’intégration professionnelle. Le candidat reste libre de ne pas mentionner sa RQTH. Cependant, la révélation tardive d’un besoin d’aménagement peut créer des tensions avec l’employeur public, voire générer un sentiment de défiance.

L’employeur public peut-il licencier un agent qui aurait dissimulé son handicap ?

La jurisprudence du Conseil d’État est claire : le silence sur un handicap ne constitue jamais un motif de licenciement ni d’annulation du recrutement, sauf cas exceptionnel d’inaptitude totale connue du candidat et incompatible avec les fonctions exercées. L’arrêt CE, 7 juin 2010, n° 312909, rappelle qu’une visite médicale d’embauche permet à l’administration de vérifier l’aptitude au poste avant titularisation.

Le médecin du travail (médecin de prévention dans la FPE/FPT, médecin du travail dans la FPH) est le seul interlocuteur autorisé à recevoir les informations médicales. Il transmet à l’employeur uniquement un avis d’aptitude (apte / apte avec restrictions / inapte).

Quelles voies de recrutement spécifiques pour les personnes handicapées ?

La fonction publique propose 4 voies de recrutement adaptées aux personnes handicapées : concours classique avec aménagement, contrat BOE article L352-4, PACTE, et apprentissage aménagé. Chaque voie répond à un profil et un projet professionnel différents.

Comparatif des voies de recrutement pour BOE

Voie d’accès Public visé Durée avant titularisation Référence légale
Concours avec aménagement Tous niveaux Stage 6-12 mois Décret 2020-523
Contrat BOE (recrutement direct) Cat. A, B, C 1 an renouvelable Article L352-4 CGFP
PACTE (parcours d’accès aux carrières) Sans diplôme ou Bac+2 max, <28 ans ou BOE sans condition d’âge 1 à 2 ans Ord. 2005-901
Apprentissage public 16-29 ans (illimité pour BOE) 1 à 3 ans Loi 5 sept. 2018
Détachement / mutation Agents déjà titulaires Immédiat Article L512-19 CGFP

La voie contractuelle BOE est largement utilisée en FPT et FPE. Elle permet d’éviter le concours et d’accéder directement à un poste avec un contrat préalable. Le FIPHFP finance partiellement les actions de formation et d’aménagement durant cette période.

Comment préparer son entretien quand on est en situation de handicap ?

L’entretien doit être préparé en 3 axes : présentation factuelle de la RQTH, exposition des compétences sans focaliser sur le handicap, anticipation des besoins d’aménagement. Le candidat n’a aucune obligation de détailler la nature médicale du handicap.

Quelles questions un recruteur public peut-il poser sur le handicap ?

  • Questions autorisées : besoins d’aménagement de poste, contraintes horaires, accessibilité physique du lieu de travail, compatibilité avec les missions.
  • Questions interdites (article L1132-1 du Code du travail et article 6 loi du 13 juillet 1983) : nature précise du handicap, traitement médical, pronostic d’évolution, antécédents familiaux, projet de grossesse.
  • Questions discutables : durée d’arrêt de travail antérieurs (le candidat peut refuser de répondre).

En cas de question discriminatoire, le candidat peut saisir le Défenseur des droits (loi organique n° 2011-333) ou l’inspection du travail compétente.

Quels organismes accompagnent les candidats handicapés ?

Plusieurs structures publiques et associatives accompagnent les candidats BOE dans leur recherche d’emploi public et la rédaction de leur CV. Le FIPHFP, France Travail (ex-Pôle emploi), Cap Emploi et les CDG (centres de gestion de la FPT) offrent des conseillers spécialisés.

Tableau des organismes ressources

Organisme Mission Public
FIPHFP Financement aménagements + insertion FP Agents et candidats BOE
Cap Emploi Accompagnement vers l’emploi spécialisé Demandeurs d’emploi BOE
France Travail Service public de l’emploi Tous demandeurs
Centres de gestion (CDG) Bourse d’emploi FPT + concours adaptés Agents et candidats FPT
MDPH Délivrance de la RQTH Personnes handicapées
Agefiph Insertion privée et conseil RQTH Tous secteurs

Le FIPHFP a versé 145 millions d’euros en 2023 au titre des aides à l’insertion et au maintien dans l’emploi public. Le taux d’emploi BOE atteint 5,66 % dans la fonction publique (rapport 2023), proche de l’objectif légal de 6 %.

Sources officielles

Article mis à jour le 4 mai 2026.