Efficacité des dispositifs jeunes : bilan et perspectives 2025

TL;DR : Les dispositifs publics en faveur des jeunes traversent une crise structurelle en 2025. Le nombre de candidats par poste aux concours de la fonction publique est passé de 12 à 4 depuis les années 2000. En 2022, 15 % des postes pourvus par concours dans la FPE sont restés vacants, contre 5 % en 2018. La Cour des comptes, dans son rapport public annuel délibéré le 31 mars 2025, appelle à construire une stratégie cohérente d’accès des jeunes aux emplois publics.

Que révèle le bilan 2025 des dispositifs jeunes dans la fonction publique ?

Le bilan 2025 révèle une dégradation structurelle de l’attractivité des emplois publics pour les jeunes. Deux tiers des collectivités territoriales déclarent connaître des tensions de recrutement, et l’entrée des jeunes dans la fonction publique est désormais plus tardive et moins linéaire qu’auparavant.

La Cour des comptes a publié le 31 mars 2025 ses observations définitives intitulées L’accès des jeunes aux emplois de l’État : une stratégie à construire. Ce rapport identifie un triple défi : vieillissement des effectifs, adaptation des compétences, et équité territoriale.

  • Le vieillissement des agents publics accélère les besoins de remplacement.
  • Les compétences numériques restent sous-couvertes dans la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEEC).
  • Les disparités territoriales d’accès à l’emploi public se creusent entre métropoles et zones rurales.

Parallèlement, le rapport public annuel 2025 de la Cour des comptes, publié en mars 2025, consacre un volume entier aux politiques publiques en faveur de la jeunesse, soulignant leur manque de cohérence interministérielle.

Quels sont les principaux dispositifs jeunes évalués en 2025 ?

5 catégories de dispositifs structurent l’accès des jeunes à l’emploi public : les concours de recrutement, l’apprentissage, le dispositif « 1 jeune 1 solution », les contrats aidés, et les voies de recrutement contractuel direct.

  • Concours administratifs (catégories A, B, C) : voie traditionnelle, mais en perte de vitesse pour les primo-entrants.
  • Apprentissage : réformé en 2018, dopé par la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel.
  • 1 jeune 1 solution : transformé en 2020 en dispositif interministériel, ciblant les jeunes de 16 à 25 ans sans emploi ni formation.
  • Contrats aidés (PEC, CUI-CAE) : mobilisés dans la FPT et la FPH pour les publics éloignés de l’emploi.
  • Recrutement contractuel direct : en progression dans la FPE, notamment pour les profils numériques.

Le Comité interministériel de la jeunesse, créé en 1982, et le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse, installé en 2016, coordonnent théoriquement ces dispositifs. En pratique, leur articulation reste insuffisante selon la Cour des comptes.

Pourquoi les concours perdent-ils leur centralité pour les jeunes agents ?

Le concours ne constitue plus la voie d’entrée principale pour les jeunes primo-entrants dans la fonction publique d’État. Environ 300 000 candidats se présentaient aux concours en 2016 ; en 2022, ce chiffre a diminué de moitié, atteignant environ 150 000 candidats.

Plusieurs facteurs expliquent ce recul :

  1. L’élévation générale du niveau de diplôme des nouveaux entrants repousse l’âge d’accès.
  2. Le resserrement de l’offre d’emplois en catégorie C réduit les débouchés immédiats.
  3. Les contraintes inhérentes à la mobilité géographique et aux horaires découragent les jeunes générations.
  4. La concurrence du secteur privé, lui-même en tension, capte une part croissante des candidats qualifiés.

La Cour des comptes note que le concours continue d’être privilégié pour certains métiers spécifiques : enseignants, policiers, gendarmes, magistrats, militaires. Mais pour les fonctions support et numériques, le recrutement contractuel progresse.

Évolution des indicateurs de recrutement par concours (FPE)
Indicateur Années 2000 2016 2018 2022
Candidats par poste (moyenne) 12 4
Nombre total de candidats aux concours ~300 000 ~150 000
Postes non pourvus par concours (FPE) 5 % 15 %

Quelles inégalités territoriales affectent l’accès des jeunes aux emplois publics ?

Les projections démographiques indiquent que les départements ruraux pourraient perdre jusqu’à la moitié de leurs enfants en âge scolaire d’ici 2070. Cette polarisation géographique fragilise le vivier de jeunes candidats aux emplois publics locaux.

La Cour des comptes identifie des îlots de jeunesse concentrés autour des grandes métropoles en opposition à des zones rurales vieillissantes. Cette asymétrie produit plusieurs effets :

  • Des difficultés de recrutement accrues dans les collectivités rurales de la FPT.
  • Une inégale répartition des ressources humaines dans la FPH (hôpitaux de proximité sous tension).
  • Des discriminations indirectes liées aux mobilités géographiques exigées dans certains concours.

France Stratégie soulignait dès 2016 que les dépenses publiques en faveur de la jeunesse étaient « de plus en plus concentrées sur les âges élevés », laissant les jeunes des zones périphériques sans accompagnement adapté.

Comment l’apprentissage dans la fonction publique est-il fragilisé en 2025 ?

L’apprentissage dans la fonction publique, réformé en 2018 par la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, connaît une baisse des entrées en 2025. La Cour des comptes appelle à un recalibrage du dispositif tout en reconnaissant son bien-fondé.

La réforme de 2018 a redirigé les fonds de la formation professionnelle vers l’apprentissage. Cet afflux de financements a permis une forte croissance des contrats d’apprentissage entre 2019 et 2023. En 2025, la dynamique s’inverse :

  • Les prises en charge financières des CFA diminuent sous la pression budgétaire.
  • Les ministères employeurs réduisent leurs cibles quantitatives d’apprentis.
  • La question de la solvabilité à long terme du modèle reste posée.

Dans la FPT, le CNFPT accompagne les collectivités dans l’intégration des apprentis, mais 2 collectivités sur 3 déclarent des tensions de recrutement persistantes, y compris sur les postes ouverts aux apprentis en fin de contrat.

Quelles sont les attentes des jeunes générations vis-à-vis de la fonction publique ?

Les aspirations des jeunes sont partiellement compatibles avec les métiers de la fonction publique, mais certaines contraintes structurelles génèrent un rejet croissant. Le rapport de la Cour des comptes publié le 31 mars 2025 détaille ces tensions.

Les jeunes valorisent :

  • Le sens des missions (service public, utilité sociale).
  • La stabilité de l’emploi et la sécurité économique.
  • L’équilibre vie professionnelle / vie personnelle.

Ils rejettent en revanche :

  • La rigidité des mobilités géographiques imposées.
  • Les délais longs entre concours et titularisation.
  • L’image d’un management hiérarchique peu agile.
  • Les rémunérations jugées insuffisantes par rapport au secteur privé concurrentiel.

France Stratégie, dans son rapport de décembre 2024 intitulé Travailler dans la fonction publique – le défi de l’attractivité, fruit de 18 mois de travaux, confirme que l’image employeur de la fonction publique est dégradée sur les 3 versants (FPE, FPT, FPH).

Quel est l’impact de la précarité des jeunes travailleurs sur les dispositifs d’insertion ?

Les jeunes subissent de plein fouet la baisse de l’intérim depuis 18 mois, les difficultés dans les secteurs du conseil et de l’ingénierie, ainsi que la multiplication des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE). Ces évolutions fragilisent les viviers de candidats pour la fonction publique.

Selon Miroir Social (août 2025), les politiques publiques du travail sont polarisées sur 2 extrêmes d’âge :

  • D’un côté, les jeunes en phase d’insertion.
  • De l’autre, les seniors (désormais désignés « salariés expérimentés »).

Cette dichotomie masque l’absence de réponse structurée pour les jeunes en emploi précaire, notamment ceux qui alternent CDD, missions d’intérim et contrats aidés avant d’accéder à un emploi stable dans la fonction publique. La Cour des comptes qualifie ce phénomène de parcours moins linéaires et d’insertion moins stable.

Quelles recommandations formule la Cour des comptes pour 2025 ?

La Cour des comptes formule dans ses observations définitives du 31 mars 2025 plusieurs recommandations pour construire une stratégie cohérente. L’enjeu central est de passer d’une gestion réactive à une gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEEC) étendue au-delà de la seule filière numérique.

  • Développer une GPEEC interministérielle couvrant l’ensemble des filières métiers.
  • Moderniser les voies de recrutement pour réduire les délais entre candidature et prise de poste.
  • Renforcer les partenariats avec les établissements d’enseignement supérieur.
  • Optimiser les dispositifs de pré-recrutement, notamment via les stages et l’apprentissage.
  • Améliorer la marque employeur de l’État, de la FPT et de la FPH auprès des jeunes diplômés.

France Stratégie, dont le rapport de décembre 2024 couvre les 3 versants, identifie une spirale négative : difficultés de recrutement → dégradation des conditions de travail → moindre qualité du service → perte d’attractivité.

Quelles perspectives pour les dispositifs jeunes dans la fonction publique après 2025 ?

Les perspectives post-2025 reposent sur 3 leviers structurels : la réforme des voies d’accès, l’adaptation des conditions de travail, et la correction des inégalités territoriales. Ces leviers nécessitent une coordination entre l’État, les collectivités et les opérateurs de formation.

Chronologie des réformes et jalons clés des dispositifs jeunes
Année Événement / Réforme Dispositif concerné
1982 Création du Comité interministériel de la jeunesse Coordination interministérielle
2016 Installation du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse Gouvernance
2018 Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel Apprentissage / Formation
2020 Transformation du dispositif « 1 jeune 1 solution » Insertion jeunes 16-25 ans
Décembre 2024 Rapport France Stratégie sur l’attractivité de la fonction publique FPE, FPT, FPH
31 mars 2025 Observations définitives de la Cour des comptes Accès des jeunes aux emplois de l’État

Les projections à l’horizon 2070 prévoient de fortes disparités territoriales. Les politiques devront intégrer l’aménagement du territoire pour éviter des déserts de services publics dans les zones où la jeunesse devient minoritaire. Investir dans la formation et l’insertion des jeunes renforce le capital humain de la Nation et constitue un levier de croissance économique à long terme.

Quels sont les indicateurs à surveiller pour mesurer l’efficacité des dispositifs en 2026 ?

4 indicateurs principaux permettent de mesurer l’efficacité des dispositifs jeunes dans la fonction publique : le taux de postes non pourvus, le nombre de candidats par poste, le taux de contractualisation des primo-entrants, et le taux de maintien en poste à 3 ans.

  • Taux de postes non pourvus : indicateur de tension, actuellement à 15 % dans la FPE (2022).
  • Candidats par poste : ratio tombé à 4 en 2022, contre 12 dans les années 2000.
  • Part des contractuels parmi les primo-entrants : en hausse dans les filières numériques et support.
  • Taux de maintien à 3 ans : indicateur de fidélisation peu suivi aujourd’hui, à développer selon la DGAFP.

Le suivi de ces indicateurs nécessite une remontée de données harmonisée entre la FPE, la FPT (via les CDG) et la FPH, ce que la GPEEC actuelle ne permet pas encore pleinement.

Comment les agents publics peuvent-ils bénéficier des dispositifs jeunes existants ?

Les agents publics de moins de 30 ans accèdent aux dispositifs jeunes selon 3 voies principales : le recrutement par concours aménagé, le contrat d’apprentissage dans une collectivité ou un établissement public, et les contrats aidés ouverts dans la FPT et la FPH.

  • Apprentissage : ouvert aux agents en formation initiale ou en reconversion, sous contrat avec une collectivité ou un établissement public hospitalier.
  • Concours aménagés : certains concours proposent des épreuves adaptées aux jeunes diplômés sans expérience professionnelle préalable.
  • Contrats aidés (CUI-CAE, PEC) : accessibles dans les collectivités et établissements publics pour les publics éloignés de l’emploi.
  • Stages préparatoires aux concours : organisés par le CNFPT pour la FPT, ils renforcent l’accès des jeunes issus de zones rurales ou défavorisées.

Les CDG (centres de gestion de la fonction publique territoriale) jouent un rôle clé d’accompagnement, notamment pour les petites collectivités qui ne disposent pas de ressources RH internes suffisantes pour déployer ces dispositifs.

Sources officielles

Article mis à jour le 4 mai 2026.