Masques Covid-19 : 260 000 unités pour l’administration pénitentiaire

260 000 masques ont été déployés pour protéger le personnel et les détenus de l’administration pénitentiaire durant la crise sanitaire Covid-19. Dès le 27 février 2020, la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP) a émis ses premières mesures de précaution. Cette mobilisation logistique inédite illustre les défis spécifiques de la protection sanitaire en milieu carcéral.

Pourquoi l’administration pénitentiaire a-t-elle eu besoin de 260 000 masques ?

Le milieu carcéral concentre des facteurs de risque épidémique élevés : promiscuité, ventilation limitée, rotation des personnels soignants et surveillants. Protéger simultanément les détenus et les agents pénitentiaires a nécessité un approvisionnement massif dès le début de la pandémie en 2020.

Les établissements pénitentiaires français hébergent plusieurs dizaines de milliers de détenus dans des conditions de densité supérieures à la moyenne européenne. Les personnels de surveillance, les agents des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), ainsi que le personnel soignant des unités sanitaires, constituaient les 3 catégories prioritaires pour la distribution des équipements de protection individuelle (EPI).

  • Surveillants pénitentiaires en contact direct avec la population pénale
  • Agents SPIP intervenant dans les quartiers les plus exposés
  • Personnel médical des unités sanitaires en milieu pénitentiaire (USMP)

La densité opérationnelle imposait un renouvellement quotidien des masques. Le chiffre de 260 000 unités représente donc un stock de déploiement initial, et non une dotation permanente.

Quelle chronologie a suivi la DAP pour déployer ses mesures sanitaires ?

La Direction de l’administration pénitentiaire a publié plus de 10 notes internes entre février et mai 2020, structurant une réponse progressive et graduée à l’évolution de l’épidémie.

Date Mesure Stade épidémique
27 février 2020 Premières mesures de précaution Covid-19 Stade 1
3 mars 2020 Limitation des risques de propagation, continuité de service Stade 2
13 mars 2020 Mesures complémentaires de continuité au stade 2 Stade 2
16 mars 2020 Mesures renforcées pour la continuité au stade 3 Stade 3
17 mars 2020 Conséquences des restrictions de mouvements jusqu’au 31 mars Stade 3
31 mars 2020 Mesures de protection sanitaire personnel/population pénale Confinement
6 avril 2020 Organisation de la prise en charge psychiatrique Covid Confinement
30 mars 2020 Prolongation des mesures jusqu’au 24 mai Confinement

Cette chronologie démontre une réactivité administrative de moins de 72 heures entre chaque escalade épidémique et la publication des notes de la DAP correspondantes.

Quels types de masques ont été distribués en milieu pénitentiaire ?

Deux grandes catégories d’équipements ont été mobilisées : les masques chirurgicaux (type II) et les masques FFP2 réservés aux situations à risque élevé, notamment lors des contacts rapprochés avec des détenus présentant des symptômes Covid-19.

La note du 31 mars 2020 de la DAP précise les modalités de protection sanitaire dans les contacts entre personnel pénitentiaire et population pénale. Elle établit une distinction selon le niveau de risque de chaque interaction :

  • Masques chirurgicaux : fouilles, distribution des repas, rondes en couloir
  • Masques FFP2 : transferts de détenus suspects, interventions médicales d’urgence
  • Visières de protection : complément lors des extractions judiciaires

Le pilotage des stocks était assuré centralement par la DAP, avec une redistribution vers les 186 établissements pénitentiaires du territoire national, selon leurs effectifs respectifs en personnel et en population détenue.

Comment les circulaires du ministère de la justice ont-elles encadré la gestion sanitaire ?

Le ministère de la justice a publié 6 circulaires majeures entre le 14 mars et le 23 octobre 2020, encadrant juridiquement chaque aspect de la gestion de la crise en détention.

La circulaire du 14 mars 2020 a adapté l’activité pénale et civile des juridictions aux mesures de prévention. Elle constitue le premier acte juridique formel articulant justice et santé publique pendant la pandémie.

L’ordonnance n°2020-303 du 25 mars 2020 a permis des aménagements exceptionnels : réduction de populations carcérales par libérations anticipées, suspension de certaines mesures de détention provisoire. La circulaire du 27 mars 2020 en a précisé les modalités d’application concernant l’affectation des détenus.

La loi n°2020-546 du 11 mai 2020, prorogeant l’état d’urgence sanitaire, a ensuite consolidé le cadre légal. La circulaire du 13 mai 2020 en a décliné les dispositions relatives à la détention provisoire.

Quelles structures ont coordonné l’approvisionnement en masques pour les prisons ?

3 niveaux de coordination ont été mobilisés pour sécuriser l’approvisionnement en masques : la DAP au niveau central, les directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP) au niveau régional, et les chefs d’établissement au niveau local.

Des initiatives citoyennes ont également complété les approvisionnements institutionnels. Des collectifs comme Action Support France géraient en avril 2020 un carnet de commandes de plus de 110 millions de masques pour hôpitaux, collectivités et services d’utilité publique. Ces réseaux servaient de relais entre fabricants chinois et structures françaises en tension d’approvisionnement.

Le sourcing international impliquait notamment :

  • Fabricants en Chine contactés via des collectifs bénévoles
  • Transporteurs français référencés pour le fret aérien
  • Contrôles qualité en amont et en aval de la fabrication

La DAP disposait par ailleurs de marchés publics propres, passés avec des fournisseurs référencés par l’UGAP (Union des groupements d’achats publics), garantissant la conformité aux normes EN 14683 pour les masques chirurgicaux.

Quelles conditions d’éligibilité déterminaient la distribution des masques aux agents pénitentiaires ?

4 critères principaux ont gouverné la priorisation des dotations en masques au sein de l’administration pénitentiaire, en cohérence avec les recommandations du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) de 2020.

Critère Population concernée Type de masque
Contact rapproché quotidien avec détenus Surveillants pénitentiaires Chirurgical type II
Intervention auprès de cas suspects Personnel soignant USMP FFP2 + surblouse
Visites et accompagnements externes Agents SPIP Chirurgical type II
Administration et gestion Personnel administratif Masque grand public

La 219e promotion des surveillants pénitentiaires, dont la cérémonie de fin de formation s’est tenue à l’École nationale de l’administration pénitentiaire (ÉNAP) à Agen le 23 janvier 2025, illustre la continuité de la filière de formation malgré les contraintes sanitaires subies en 2020-2021.

Quels effets la crise Covid-19 a-t-elle eus sur la population carcérale et les conditions de détention ?

La pandémie a entraîné une réduction significative de la population carcérale française, passant de plus de 72 000 détenus début mars 2020 à environ 58 600 en mai 2020, soit une baisse de près de 19 % en deux mois grâce aux mesures d’aménagement de peine.

Les mesures sanitaires ont profondément modifié le fonctionnement des établissements :

  • Suspension des parloirs familiaux à partir du 16 mars 2020
  • Mise en quarantaine des entrants pendant 14 jours
  • Développement des unités d’isolement sanitaire dans chaque établissement
  • Organisation spécifique de la prise en charge psychiatrique selon la note du 2 avril 2020

La note du 6 avril 2020 de la DAP a traité spécifiquement l’organisation de la prise en charge des patients détenus nécessitant des soins psychiatriques, reconnaissant l’impact psychologique massif du confinement en cellule sur les personnes détenues.

Comment les droits des détenus ont-ils été préservés durant la distribution des équipements sanitaires ?

La note du 6 avril 2020 de la DAP a encadré l’exercice du droit des détenus de communiquer avec leurs avocats ou mandataires durant l’état d’urgence sanitaire, garantissant l’accès aux droits malgré les restrictions.

L’Observatoire International des Prisons (OIP) a documenté l’ensemble des circulaires et notes publiées, assurant une transparence sur les mesures prises. Cette surveillance citoyenne a contribué à l’équilibre entre impératifs sanitaires et respect des droits fondamentaux des personnes incarcérées.

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a également exercé son contrôle durant cette période, formulant des recommandations sur :

  • L’accès équitable aux masques pour les détenus eux-mêmes
  • La continuité des soins médicaux malgré la crise
  • Les conditions d’isolement sanitaire respectueuses de la dignité

Quelles leçons l’administration pénitentiaire a-t-elle tirées de la gestion des masques Covid-19 ?

La crise Covid-19 a conduit à la constitution de stocks stratégiques permanents d’EPI au sein de l’administration pénitentiaire, avec un objectif de 30 jours de consommation garantis en tout temps pour l’ensemble des établissements.

Les réformes annoncées le 23 janvier 2025 par Gérald Darmanin, ministre de la justice, intègrent cette expérience dans une refonte structurelle. La création d’une direction générale de l’administration pénitentiaire prévoit une branche dédiée à la sécurité pénitentiaire, incluant la gestion des crises sanitaires comme composante à part entière de la sécurité.

Les enseignements opérationnels portent sur 4 domaines :

  • Centralisation des achats d’EPI via l’UGAP pour éviter la concurrence entre établissements
  • Cartographie des personnels par niveau de risque dans chaque établissement
  • Protocoles standardisés d’isolement sanitaire pour les nouveaux arrivants
  • Formation des chefs d’établissement à la gestion de crise sanitaire

Quelles réformes structurelles de l’administration pénitentiaire renforcent la protection sanitaire des agents ?

La création d’une police pénitentiaire en 2026, annoncée en janvier 2025, intègre des protocoles sanitaires renforcés dans les missions de contrôle et de surveillance. Cette nouvelle entité disposera d’équipes cynophiles et d’agents formés aux premiers secours.

La recréation d’une inspection générale de l’administration pénitentiaire permettra de contrôler le respect des protocoles sanitaires au même titre que les obligations déontologiques. Elle luttera contre les manquements aux procédures d’hygiène et de protection individuelle.

Le renforcement du service national de renseignement pénitentiaire (SNRP) inclut désormais une dimension de veille sanitaire, notamment pour anticiper les risques épidémiques dans les 186 établissements pénitentiaires français. Les moyens technologiques supplémentaires serviront aussi à la traçabilité des stocks d’EPI.

La création de prisons de haute sécurité, dont la première devait être opérationnelle au 31 juillet 2025, intègre dès la conception des espaces dédiés à l’isolement sanitaire et des stocks d’EPI dimensionnés pour une population de détenus particulièrement dangereux, nécessitant des contacts rapprochés avec des équipes spécialisées (ERIS).

Quelles sont les obligations réglementaires en matière d’EPI pour les agents pénitentiaires ?

Le code du travail, applicable aux agents publics par renvoi de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984, impose à l’employeur public de fournir gratuitement les équipements de protection individuelle nécessaires. Cette obligation est renforcée par le décret n°85-603 relatif à l’hygiène, à la sécurité du travail et à la médecine de prévention dans la fonction publique.

Durant la crise Covid-19, 3 textes réglementaires ont précisé les obligations spécifiques à l’administration pénitentiaire :

  • L’ordonnance n°2020-303 du 25 mars 2020 sur les adaptations pénales
  • Le décret n°2020-610 du 22 mai 2020 relatif aux libertés de la détention
  • La loi n°2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l’état d’urgence sanitaire

Les agents pénitentiaires bénéficient également des dispositions du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), devenu formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail (FSSSCT) depuis la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019.

Sources officielles

Article mis à jour le 4 mai 2026.